Impact de la COVID-19 au Cameroun

Entre baisse et hausse des indicateurs des EMF dans le financement agricole

Denis TADIE, Conseiller technique ProFinA, © GIZ

89% des établissements micro finance ont eu une régression de leur bénéfice net

La GIZ au Cameroun avec son projet global ProFinA (Promotion du Financement Agricole) a mené avec l’ANEMCAM (Association Nationale des Etablissements de Microfinance au Cameroun) une étude en vue d’analyser l’impact du COVID 19 sur les crédits agricoles et autres produits financiers utilisés par les acteurs des chaines de valeurs agricoles des établissements micro finance au Cameroun.

L’étude a regroupé 10 EMF du secteur de la microfinance au Cameroun. Il ressort de cette étude que 89% des établissements micro finance ont eu une régression de leur bénéfice net. Cependant les dépôts collectés en zone rurale connaissent une légère hausse de 2,4%.[1]

À propos de l’étude

La pandémie de la COVID 19 déclenchée à la fin de l’année 2019 dans la province de WUHAN en Chine s’est répandue très rapidement à tous les pays du monde avec de nombreuses pertes en vie humaine.

La croissance mondiale en a pris un coup avec une détérioration de tous les indicateurs économiques. Le financement agricole n’est pas resté en marge. Les établissements de microfinance étant au centre du nouveau paradigme du financement agricole il est question dans cet article d’analyser l’impact de la COVID 19 sur le financement agricole au Cameroun. Cette étude a été financée par la GIZ / Cameroun (projet ProFinA) et a été menée par un cabinet d’études de la place. L’échantillon choisi est fortement représentatif du secteur de la microfinance au Cameroun tant au niveau du genre qu’au niveau du poids du portefeuille agricole ainsi qu’au niveau des zones d’intervention.

Résultats de l’étude

De l’analyse des données des établissements micro finance, il ressort qu’au niveau de la performance, la stabilité et de la pérennité, les établissements micro finance ont pris un coup, avec notamment la baisse des indicateurs comme les résultats nets d’exploitation, les fonds propres nets …  En effet tenir un résultat en hausse ou stable a été très difficile pendant cette période. 89% des établissements micro finance enquêtés ont vu leurs résultats nets chuter à cause de la baisse des activités. Cette baisse des activités ayant entrainé une baisse de la consommation des produits et services financiers auprès des établissements micro finance. Il est ainsi clair qu’avec des recettes qui ont connu une plus forte baisse que les charges il est tout à fait clair que le résultat net d’exploitation soit en baisse.

Ces contreperformances ne sont pas sans conséquences sur le patrimoine de l’entreprise car les EMF surtout les petites sont obligés de puiser chaque fois dans les fonds propres (réserves obligatoires) pour financer les charges fixes.

Cependant une embellie a été constatée au niveau du ratio de liquidité à cause d’une hausse significative de l’encours dépôt et du respect des échéances de crédit arrivé à maturité. La combinaison de ces deux facteurs a permis d’avoir une évolution favorable du ratio de liquidité. Près de 45% des établissements micro finance ont connu une hausse de leur encours dépôt, ce qui montre que les producteurs par crainte d’un futur incertain sont venus spontanément épargner leur argent. L’épargne collectée auprès des agriculteurs au début de la crise (entre Déc 2019 et fin mars 2020) a connu une progression de 5,2% avant de connaitre une régression à 2,4% par la suite. L’évolution du coefficient (voir tableau ci-après) (ressources mobilisables/ besoin à couvrir) révèle une bonne résilience des établissements micro finance sur le plan global. Même les établissements micro finance qui ont régressé en termes de liquidité n’ont pas perdu plus de quatre points.

Au niveau du portefeuille de prêt, le stock brut de prêt connait une forte diminution de l’ordre de 14% en moyenne. Cette baisse est la conséquence de la suspension provisoire des activités et l’instruction de l’arrêt de l’octroi de nouveaux prêts. Cependant, les créances en difficulté de remboursement, liées au portefeuille agricole n’ont augmenté que de 0,5% ce qui peut se justifier par les faibles montants octroyés au financement agricole. Sur la même période c’est à dire de décembre 2019 à mai 2020 les créances en difficulté de remboursement des crédits non agricoles ont augmenté de 9,9%.

Les prêts octroyés sur une durée de plus de 12 mois semblent plus impactés que ceux qui ont été octroyés sur une durée inférieure. Il y’a lieu de remarquer que 77% des personnes ayant des prêts en souffrance ont sollicité des rééchelonnements, mais ces rééchelonnements n’ont pas été accordé pour la totalité à cause de la rigidité de la réglementation[2].

Le transfert d’argent pendant cette période est en nette progression car 67% des établissements micro finance confirment cette hausse avec une forte explosion de Mobile money (hausse d’environ 43%). Cette hausse trouve son explication dans la solution idoine en accord avec les mesures barrières prescrites par le gouvernement et l’OMS. En effet la manipulation des espèces ayant été identifiée comme source potentielle de transmission de la maladie, la plupart des établissements micro finance ont conseillé à leurs clients/membres d’utiliser ce moyen.

Au niveau des ressources humaines, la santé du staff a été une priorité pour les dirigeants. Aucun cas de maladie liée à la pandémie n’a été constaté, ainsi qu’aucun licenciement. La plupart des établissements micro finance ont appliqué les mesures barrières pour limiter la propagation de la maladie. Bien que ces mesures aient entrainé des charges supplémentaires, les établissements micro finance ont montré un attachement au traitement responsable de leur clientèle.

A la suite de cette étude, plusieurs recommandations ont été faites à l’endroit des autorités monétaires, des établissements micro finance, de l’interprofession ainsi que des partenaires techniques et financiers. Globalement après six mois de choc, les établissements micro finance ont fait preuve d’une résilience face à cette épreuve malgré l’arrêt du financement de certaines activités agricoles. Parmi les solutions proposées en urgence afin de ne pas paralyser l’intervention des établissements micro finance dans le financement agricole il y a lieu d’insister sur l’assouplissement du cadre réglementaire en ce qui concerne les conditions de restructuration des créances, la mise en place d’un fond de garantie, la création d’un cadre visant à accélérer la digitalisation et le renforcement de la collaboration entre les établissements micro finance. (Lien DMS vers le rapport entier  (https://dms.giz.de/dms/llisapi.dll/api/v1/nodes/306808712/content?action=open&token=278590354%2F306808712%2F159975%2F37294%2Fb37ede5fbaf50350ad3155a548360304b934516c)

Notes

[1]  ProFinA :  Projet financé par la BMZ (ministère Fédéral de la coopération économique et du développement) visant à faciliter l’accès et l’utilisation des produits financiers adaptés aux activités des exploitations agricoles et des PME agro-industriels auprès de EMF.

[2] Il s’agit de l’article 14 du règlement COBAC EMF R-2017/07 relatif à la classification, à la comptabilisation et au provisionnement des créances des EMF ; notamment son chapitre 2 relatif au traitement des créances restructurées. Qui exigent que le client en difficulté verse soit 20% du montant de la dette arrêté après négociation, soit le total des intérêts échus et non payés inclus dans la créance initiale. Au moment de la rédaction de cet article cette disposition a été supprimée.

Contact

Conseiller technique ProFinA  / denis.tadie@giz.de Tél 00(237) 694 443 76